Travailleurs autonomes à la rescousse: des physios innovent

UN TÉMOIGNAGE DE CHRISTINE FOY

Tout comme l’ensemble du personnel de la santé, les physiothérapeutes de la clinique du PEPS de l’Université Laval de Québec ont dû faire preuve d’une grande adaptation ces derniers temps. Les moyens d’intervention ne sont plus les mêmes, et d’autres besoins doivent être adressés. Christine Foy, qui pratique la profession depuis plus d’une décennie, opte pour la proactivité face à ce nouveau défi. Elle s’inquiète cependant pour la suite des choses: ses collègues et elle, travailleurs autonomes, font actuellement face à une situation de précarité financière qui pourrait menacer leur avenir professionnel.

 

« On sait qu’on sera probablement l’un des derniers métiers à ouvrir. La prestation canadienne d’urgence va terminer pour les travailleurs autonomes à la fin juin début juillet, le après est assez insécurisant », confie-t-elle.

La physiothérapeute se réjouit cependant des nouveaux critères qui permettent d’accéder à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) : le gouvernement fédéral annonçait le 15 avril que les travailleurs à temps partiel (gagnant 1000$ ou moins par mois) pourront profiter d’un coup de pouce financier.

Il en demeure que le domaine de la physiothérapie risque de souffrir de cette pandémie. De l’avis de Mme. Foy, le retour à la normale n’est pas pour demain : « il y aura des cliniques qui ne se relèveront peut-être pas de la crise. Les gens perdent leurs emplois, ils n’auront pas tous les moyens d’aller voir des physios. J’ai également une pensée particulière pour les finissants qui n’ont pas une clientèle établie ».

En attendant, la physiothérapeute d’expérience trouve satisfaction dans la contribution qu’elle est en mesure de faire à distance. Tournés vers l’innovation, ses collègues et elle sont déterminés à ne pas laisser tomber leurs patients.

Autrefois sportive «toujours blessée», Christine Foy intervient aujourd’hui auprès des gens actifs de la région de Québec

 

Aux grands maux les grands moyens

Malgré les contraintes de distanciation sociale, Christine Foy fait preuve de proactivité afin de mettre l’épaule à la roue.

« L’un des principaux objectifs que l’on s’est fixés, c’est de désengorger le système de santé », affirme-t-elle. Pour se faire, elle et ses pairs ont multiplié les ressources d’assistance.

Une adresse courriel (urgencecliniquedupeps@sas.ulaval.ca) a été créée, donnant la possibilité aux utilisateurs d’accéder à une aide téléphonique dans les 48h. Des capsules vidéo pour l’entraînement, élaborées en collaboration avec des kinésiologues, ont été rendues disponibles sur le site du PEPS. D’autres capsules vidéo, mises en ligne sur le site de la clinique de physiothérapie, ont été conçues spécifiquement pour traiter les problèmes caractéristiques du confinement.

« Beaucoup de gens développent des douleurs cervicales ou bien thoraciques en travaillant à domicile. On les aide à mieux organiser leur poste de travail, leur donner des exercices d’étirements, de renforcement du dos », indique Mme. Foy.

 

Prise de conscience

L’obligation d’utiliser des outils technologiques pour traiter les patients semble mettre en valeur un aspect souvent sous-estimé de la profession. En effet, le côté instructif de la physiothérapie est présentement sous tous les projecteurs.

« On se rend compte actuellement que la physio n’est pas juste physique : l’éducation et les exercices sont absolument essentiels », confie Christine Foy.

Grâce à la téléréadaptation, la physiothérapeute arrive à contribuer à sa manière en ces temps de crise. Elle exprime sa gratitude envers son entourage et les regroupements professionnels: « actuellement, tout le monde travaille fort pour nous épauler. Il va falloir beaucoup de temps pour revenir où on était avant, mais j’espère que cette situation va mettre en valeur le rôle des physios dans le système de santé ». Avec les efforts déployés par le personnel de la clinique du PEPS ces dernières semaines, il est à croire que son vœu soit exaucé.

 

Xavier Bourassa

 

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